RDC : « La Belgique nous a jetés comme des torchons »

« Dans les tranchées en Birmanie, nous avons vu des officiers belges tomber sous des balles ennemies. C’était un choc », se rappelle le sous-officier congolais Albert, un des derniers survivants de la « Force publique », l’armée coloniale belge qui s’est battue jusqu’en Asie pendant la Seconde Guerre mondiale.

Albert Kunyuku Ngoma, 97 ans, et son frère d’armes, le caporal-infirmier Daniel Miuki, 94 ans, sont les deux derniers survivants de la Force publique à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo aux dix millions d’habitants.

C’est en tous cas ce qu’affirme l’universitaire José Adolphe Voto, qui les a sortis de l’anonymat le temps d’un documentaire intitulé « l’Ombre des oubliés ».

Revêtus de leur uniforme fatigué, Albert et Daniel ont été salués comme des « monuments vivants » de l’Histoire congolaise lors d’une projection en présence de plusieurs centaines de personnes.

Dans le film, les deux complices racontent les détails d’une expédition qui les a menés de Léopoldville (l’actuelle Kinshasa) jusqu’au Moyen-Orient et en Birmanie, si l’on en croit les deux médailles qu’ils arborent à la poitrine.

Alors bien sûr, leur mémoire s’embrouille un peu. Daniel garde un excellent souvenir du général britannique Montgomery, le « chef des contingents dépêchés en Birmanie ». Problème: Montgomery, alias le « renard du désert », s’est plutôt illustré à la bataille d’El Alamein – bataille à laquelle a participé le corps expéditionnaire belge.

« Montgomery ne faisait pas de différence entre les Blancs et les Noirs. Il nous traitait tous de la même manière », affirme en tous cas Albert 75 ans après.

D’autres souvenirs sentent bien le vécu des balles qui sifflent et de la mort qui rôde. « En infanterie, les Américains étaient nuls. Ils tiraient sur des petits buissons, croyant que l’ennemi se serait caché par là », ajoute-t-il moqueur.

Et plus sérieusement: « A cause des Américains, l’ennemi était alerté et de nombreux combattants noirs se sont fait tuer ».

Le sous-officier loue les qualités tactiques des soldats japonais, chinois et coréens dans les affrontements directs au sol.

Retrouvés chez Daniel par l’AFP, les deux survivants conservent un souvenir amer de la ségrégation raciale au sein de l’armée coloniale.

– « Jetés comme des torchons »-

« Nous étions comme des esclaves. On n’avait rien à dire », se révolte Albert. « Mais, lorsqu’une bombe tombait, Blanc et Noir mouraient de la même manière, ou ils se protégeaient les uns collés aux autres », philosophe Daniel.

Lien : www.msn.com/fr-xl/afrique-centre-et-est/republique-democratique-du-congo-actualite/rdc-kinshasa-honore-les-derniers-combattants-de-larmée-coloniale-belge/ar-BBZI3gU?ocid=spartandhp

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