Chefferie Traditionnelle dans le GULMU : « Il faut revenir aux fondamentaux « 

Jusqu’à la date du 17 mai 2020,  le Grand Gulmu dans la région de l’Est du Burkina était encore à l’abri des querelles de succession de trône. Mais depuis ce 18 mai 2020, les pronostics ont été faussés, les coutumes semblent être foulées aux pieds.

Les Rois Kupiendiéli, Yentangou, YENSOANGOU, YOABILI et autres anciens rois se retourneraient actuellement dans leur tombe royale tant ce qui se passe dans le Gulmu serait indigne de princes. Certains se demanderont même dans quelle écurie ou sous quelle tente les deux nouveaux rois ont reçu leur éducation princière. Bien malin qui pourrait le dire.

En effet, depuis ce 18 mai 2020, le Grand Gulmu connaît désormais deux rois. De son vrai nom Mindierba THIOMBIANO ou UNTAAMBA élu le 15 mai 2020 et le Roi Tigue Mohamed Thiombiano, 1er adjoint au maire de Fada intronisé le 18 mai 2020. C’est vrai qu’il faut une première à tout. Et le cas de Fada N’gourma n’a pas échappé à la règle. Comment en est-on arrivé là ? C’est ce que nous tenterons de décrypter avec Raphaël THIOMBIANO un des fils des familles royales du Gulmu.

Pour cet ingénieur à la retraite, il faut revenir aux fondamentaux et au respect des coutumes. Voici en intégralité l’entretien qu’il nous a accordé.

Je m’appelle Raphaël THIOMBIANO, ingénieur de génie civil en retraite. Je vous remercie d’être venu pour échanger sur la royauté dans le GULMU.

ArtBF: Vous revenez de l’intronisation du roi, quelle est votre  appréciation sur  la cérémonie?          

C’est une très bonne appréciation dans la mesure où tout Fada est sorti pour honorer le 32ème roi du GULMU, Mindierba THIOMBIANO (NDLR) qui a pour nom « UNTAAMBA » qui veut dire « Je les rassemble », c’est un rassembleur. Il est venu pour rassembler, ce qui est une bonne chose puisque c’est l’union qui fait la force.  Donc,  presque toutes les familles THIOMBIANO qu’on appelle « UBWUlU » en Gulmanceman  sont venus prêter allégeance au nouveau Roi « UNTAAMBA », je dis presque toutes les familles THIOMBIANO.

Lire aussi : «  Ce qui s’est passé dans les coulisses au GULMU ».

ArtBF : Le nouveau roi a pris comme nom de ROI « UNTAAMBA ». Y a-t-il un lien avec le contexte actuel?

Son nom a un lien avec d’abord la situation  de la zone, de la chefferie dans la mesure où il y a d’autres velléités d’intronisation. Donc c’est pour montrer qu’il est là pour rassembler  et non pour diviser. Evidemment aussi c’est dans la  solidarité qu’on peut vaincre l’ennemi. Donc, l’union faisant la force,  ce nom est un nom de rassembleur. Si on se rassemble, si on est uni, on a plus de force, plus d’argument  pour vaincre l’ennemi, pour venir  à bout de l’insécurité qui est dans la zone de l’Est.

ArtBF: Quelles ont été les grandes étapes de cette intronisation ?

La première grande étape, c’est d’abord d’informer toutes les grandes familles prétendantes au trône du  Gulmu  à se présenter. Les membres de chaque famille se réunissent pour choisir leur candidat. Et ce sont ces candidats qui sont soumis à l’épreuve du collège des sages. Le collège des sages, ce n’est même pas des THIOMBIANO.  Il s’agit d’autres familles qui sont chargées de nommer le chef.

Ce collège des sages donc, lorsqu’ils choisissent un, ils le gardent d’abord en secret parce que s’ils révèlent son nom, cela peut amener des conflits. La royauté du GULMU a toujours été un rapport de force. Donc pour éviter cette situation, on garde le nom en secret jusqu’à ce qu’on sache qu’il est rentré dans une petite case. Dès qu’il rentre là-bas, on peut dévoiler maintenant son nom parce qu’on sait que c’est lui que le collège des sages a choisi. Il restera une semaine dans la petite case avant de sortir. Généralement, après cet acte, tous les autres candidats mettent « balle à terre » et se résignent.  Et la dernière intronisation du 15 mai 2020 ne devrait se déroger à la règle. C’est comme ça que cela s’est passé.

Chefferie au Gulmu
De G à D : Mohamed THIOMBIANO et Mindierba THIOMBIANO

Et voilà votre Roi, le Roi du Gulmu !

C’est le jour de l’intronisation, que le Roi sort de sa petite case pour  procéder à des rituels. C’est un sacrifice si vous voulez fait de mélange d’eau blanche, de lait et de miel. Un mouton et un bœuf blancs sont ensuite immolés. Après cette étape, le nouveau Roi est présenté à la population sur un cheval bien harnaché. Et une voix annonce : « voilà votre roi, le roi du GULMU ! ».

ArtBF : Nous avons-remarqué que la couleur blanche était à l’honneur au cœur de cette intronisation, pourquoi ce choix?

La couleur blanche est signe de la propriété, signe de rayonnement, de la justice et d’équité. Le roi du Gulmu doit être quelqu’un de juste. Il ne doit pas avoir de parti pris. Dès qu’il est nommé, il se met au-dessus de la mêlée. Il sait qu’il a une population ou un peuple à gérer. La couleur blanche symbolise cette pureté et cette impartialité.

ArtBF : Généralement quels sont les familles éligibles au Gulmou?

Ce sont les familles THIOMBIANO. Mais chaque famille à un descendant. Ce sont des lignées. Par exemple YENDABLI venu de la région de PAMA s’est installé à Fada et a créé le NOUNGU. Sa lignée s’appelle la lignée YENDABLI.  En ce qui me concerne par exemple, après la lignée YENDABLI, c’est la lignée BAANGNAMA à laquelle j’appartiens.  Dès lors qu’un roi s’installe donc, il perpétue sa lignée.

Mais ce qu’il faut comprendre, la chefferie au GULMU n’est pas de père en fils. Comme je le dis, c’est une lignée. Par exemple, lorsque mon ancêtre BAANGNAMA  s’est endormi (décédé) parce qu’on ne dit jamais qu’un roi est décédé, on dit chez nous qu’il s’est endormi. Alors quand il s’est endormi, c’est son frère YENGNAAMA qui l’a remplacé et non son 1er fils. Donc, la thèse qui veut que ce soit de père en fils est erronée ; ça n’a jamais existé au GULMU. Exceptionnellement, il se pourrait qu’un fils succède au trône à son père mais ce n’est pas une loi. Ce sont des cas exceptionnels !

Donc au GULMU, chaque fils des familles éligibles peut demander la chefferie ?

Parmi les familles éligibles chacun peut demander à être prétendant mais le problème est que, lorsque vous êtes dans une famille, on suppose qu’il existe au moins une certaine union familiale. Dans le cas contraire, si vous voulez gagner, il faut que vous vous efforciez d’être unis. S’il y a quatre ou cinq candidats dans une même famille, il faut s’entendre pour présenter un seul candidat. Dans le cas contraire, tout le monde se met dans la course.

ArtBF : Aujourd’hui, il y a des contestations sur le choix du nouveau  candidat. Pouvez-vous nous éclairer sur cette crise si on peut le dire ainsi ?

Au sujet de cette contestation, c’est un prétendant qui n’a pas eu et qui conteste. Mais cela  a toujours existé. Mais ce n’est jamais allé jusqu’à vouloir prétendre introniser un autre roi. Il faut que les gens sachent que lorsque le collège des sages fait son choix, c’est fini. Même si tu es prétendant tu ne peux plus demander à être roi. C’est impossible de désigner deux fois la même personne. Au risque de perdre leur crédibilité, il n’y a jamais eu dans notre région, au GULMU, un nouvel élu qui n’a pas connu d’adversaire.  Il arrive parfois que ce soit même deux frères qui s’opposent au trône. Mais dès qu’on arrive à les départager, c’est terminé !.

Alors pourquoi cette fois, les choses sont allées loin puisqu’on vient d’introniser un second roi ?

Cette fois ci, il y a des aspects que je vais taire volontairement comme vous êtes une presse (rires). Il y d’autres choses derrière, il y a d’autres forces derrière qui tirent sur les ficelles et elles sont loin d’être des considérations coutumières. Cette force qui est derrière ne veut pas accepter le choix du collège des sages.

ArtBF: Que représentent les cadeaux donnés au Roi du Gulmu? Est-ce un signe d’allégeance ?

Oui, on ne peut pas faire l’allégeance avec les mains vides à sa majesté. Ceux qui sont venus faire des dons est une manière de dire que « nous t’acceptons comme 32ème roi du GULMU ».

ArtBF : A votre avis comment voyez-vous une issue heureuse à la crise ?

L’issue heureuse est qu’on revienne aux fondamentaux et au respect des coutumes du GULMU.  Il faut qu’on respecte ces coutumes. L’issue heureuse est que chaque partie cherche une solution. Quand vous ne cherchez pas de solution vous ne pouvez pas résoudre un problème. Donc, il faut accepter qu’il y ait une solution et c’est ça, le fait fondamental. Je pense que la sagesse va prévaloir. Je pense que le tout puissant et les mânes de nos ancêtres vont prévaloir afin que les sages qui ont désigné le 32ème roi du GULMU puissent rentrer en contact avec les 02 des 11 familles THIOMBIANO qui s’opposent aujourd’hui. Même si les deux rois sont poussés par des forces occultes, il vaut mieux revenir aux fondamentaux du GULMU afin  qu’il y ait la paix et la cohésion. Nous en avons besoin parce que notre zone est une zone d’insécurité.

ArtBF : Pour quelqu’un qui souhaiterait rencontrer le roi du GULMU, lequel des deux rois rencontrera-t-il ?

Si vous souhaitez aller voir le roi du GUlMU, c’et le roi que le collège de sages a désigné. Dans les coulisses, nous avons eu des échos comme quoi les hommes du second roi intronisé sont allés voir le même collège des sages pour présenter leur roi. Malheureusement, les sages leur ont dit » non ! Retournez, nous ne pouvons plus vous recevoir. »

Votre mot de fin

D’abord, je voudrais vous dire merci de m’avoir permis d’échanger sur ce sujet, un sujet aujourd’hui qui passionne et qui divise les opinions  sur la royauté du GULMU. Mais je dois dire que probablement après cet entretien d’autres vont me contester. Ce qui est normal et j’attends surtout qu’ils me prouvent le contraire. Parce que tout ce que j’ai dit, n’est d’autres  que la tradition des THIOMBIANO.

Mon message à l’endroit de la population du GULMU, c’est un message de paix, de tolérance et d’acceptation de l’autre. Nous pouvons nous tromper et que ceux qui se sont trompé reviennent à à la raison. Donc je dirai que c’est un message de cohésion sociale, d’éviter toute provocation. Que la paix et la sécurité règne au Gulmu. C’est mon souhait parce que c’est à partir de là qu’on peut bâtir un GULMU prospère.

Propos recueillis par Laya ZONOUHAN et Fatim BARRO

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