Covid-19 : Comment le FDCT aborde-t-il la relance de l’économie culturelle au Burkina ?

Le secteur culturel est l’un des secteurs les plus touchés par les mesures restrictives liées au Covid-19. Après le message du président du Faso sur la situation sanitaire liée à la pandémie au Burkina Faso, les acteurs de la culture ont cru voir le temps s’arrêter …

Du cinéma, au théâtre en passant par la musique, les bars dancing et bien d’autres espaces culturels sont profondément touchés par les mesures barrières. La toiture du secteur culturel s’est profondément retournée. Le couvre-feu et la distanciation sociale au Burkina ont conduit à la fermeture des systèmes de production, de distribution et de diffusion.

Si le tourisme se relève progressivement grâce aux actions fortes menées par le Ministère burkinabè en charge de la culture, nombreux sont cependant les évènements culturels qui ont purement annulé leurs dates. La Semaine Nationale de la Culture (SNC), le Kundé, Jazz à Ouaga sont entre autres les évènements culturels majeurs qui ont été déprogrammés en raison justement des mesures barrières. Et pourtant, c’est peu de dire que tous ces évènements annulés pour cause de Covid-19 sont source d’entrées de devises pour le pays.  A ces rendez-vous culturels, s’ajoutent les projets culturels porteurs qui ont bénéficié des subventions ou des prêts de certaines institutions.

La culture, pour tout dire a subi un coup dur sinon très dur … L’heure est aux mesures d’allègement certes, mais la question de la relance reste toujours posée.  Comment relancer l’industrie culturelle burkinabè  après tant de mois d’inactivités ? Toute la question est là ! Et au Fonds de Développement Culturel et Touristique (FDCT), cette question a été prise au sérieux.  C’est du moins l’assurance et le sentiment que nous avons eus quand nous avons posé la question à Alphonse TOUGOUMA, le Directeur Général du Fonds, une structure dont la mission première est « d’offrir aux secteurs culturels et touristiques, un accompagnement financier et technique ». Mais avant, il nous explique comment sa structure a vécu les premiers moments du confinement.

Comment le FDCT fait-il face à la crise sanitaire ?

Alphone TOUGOUMA (AT) :  Je crois que c’est quelque chose qui n’était pas attendue. Et quand c’est arrivé, nous avons essayé tout comme les autres à prendre des mesures qui pourront nous permettre une résilience face à la maladie. Au premier moment, on a réorganisé le travail à l’interne de telle sorte qu’il y ait eu un système de rotation. On avait moins de personnes dans les  bureaux. Les courriers étaient reçus par mail. La plupart des échanges  étaient par mailing  ou par  téléphones. Nous avons adressé une correspondance à l’ensemble de nos partenaires, je veux dire les promoteurs pour nous enquérir de l’impact du confinement à leur niveau. Il y en a qui avait carrément fermé, d’autres avaient des difficultés d’approvisionnement et certains des difficultés pour continuer les projets. Donc, nous avons centralisé toutes ses préoccupations en vue de proposer quelque chose au conseil d’administration pour voir dans quelle mesure les soulager. Et vous voyez qu’à l’entrée se trouve un dispositif de lave-mains. Les consignes sanitaires sont respectées jusque-là.

ArtistesBF : Quelles sont les initiatives prises par le FDCT à l’endroit des acteurs culturels pour faciliter les remboursements ?

Pour ce qui est de la subvention, la plupart des promoteurs ont suspendu leurs activités.  Mais ceux qui ont des prêts à notre niveau, nous leur avons proposé de reprendre les paiements des prêts à partir du 1er octobre 2020. D’autres nous avaient signalé par écrit leurs difficultés et nous ont demandé des mesures d’assouplissement. Ces requêtes ont été toutes ou en partie acceptées. .

ArtistesBF : A votre avis comment se feront les remboursements ?

Tout naturellement en ce qui concerne le prêt, vous savez que c’est un engagement qu’il faut honorer.  Mais comme nous l’avons dit, jusqu’au 1er octobre 2020, on a laissé la latitude aux gens de pouvoir se réorganiser. A partir de cette date (1er octobre) on avisera. Ce n’est pas tout le monde aussi qui a demandé ces assouplissements. Il y en a quand même qui s’en sortent et donc qui ne nous ont pas demandé d’assouplissement. Nous croyons que les activités vont être incessamment relancées toute de suite, que les choses vont reprendre normalement et que les uns et les autres pourront honorer leurs engagements.

Où en êtes-vous avec le prochain appel à projet ?

Disons plutôt où en sommes-nous avec l’appel à projet en cours ? Parce que vous savez que de mi- décembre à mi-janvier 2020, Nous avons voulu anticiper pour que dès les premiers moments de l’année, on puisse démarrer les différentes activités. Et pour vous dire la vérité, à l’heure actuelle nous avons fini le travail technique. Mais nous n’avons pas encore délibéré. Nous attendons de voir si la santé financière nous permettra de délibérer sur ces projets. Je parle de santé financière parce que vous savez qu’avec la pandémie, la trésorerie pourrait connaître des difficultés. Et si tel est le cas, nos activités pourraient également en pâtir. Donc, on peut s’attendre à une réduction du volume des financements que ce soit au niveau des prêts ou des subventions.

Comment pensez-vous que le milieu culturel puisse se relever ?

J’ai envie de dire que les crises en réalité ne sont pas forcément une mauvaise chose. Parce que cela permet de tirer des leçons, des enseignements.  Lorsque vous êtes touché par une crise et quand vous arrivez à vous relever,  vous devenez plus solides. Le milieu culturel  burkinabé  aujourd’hui, était un peu en retard par rapport à l’ « i-culture ». Vous avez vu que certaines initiatives tendent vraiment à dire que ce n’est pas forcément dans les salles closes qu’il faut faire des spectacles. Et aujourd’hui, il faut que nous passions à la « i-culture ».  Je pense qu’on va vendre plus vite et beaucoup plus à mon avis. Donc, je ne doute pas que la reprise sera plutôt culturelle  et  c’est le cas de la résilience. A mon avis, il faut  plutôt s’approprier  de ce qui n’a pas marché pour mieux construire et se relever.

Et par rapport à cette relance, le FDCT a pris part à la discussion sur la répartition du milliard alloué à la culture ? Qu’est ce qui a été fait dans ce sens ?

Le ministre a déjà communiqué là-dessus le week-end dernier à Bobo. Mais ce qui est intéressant par rapport à ce milliard, il faut comprendre qu’il y a deux volets. Le premier volet c’est pour réparer les préjudices, le deuxième aspect, c’est d’aider les acteurs culturels à relancer leurs activités. Et cette relance ne va pas être la distribution systématique d’argent. Mais cette relance va être une relance de production, c’est-à-dire, permettre d’accélérer la production

Votre dernier mot

C’est de dire aux acteurs culturels que nous sommes solidaires avec eux pour ce qui arrive. Et que nous restons ensemble pour relever les défis de la relance.

Le FDCT, en rappel a pour « mission principale d’offrir aux secteurs culturels et touristiques, un accompagnement financier et technique pour assurer le développement des industries culturelles et touristiques ». Il pourrait donc être considéré comme le véritable poumon du Ministère de la culture, des arts et du Tourisme.

Barro Fatim et Assiata OUEDRAOGO

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *