Économie : Le VAO, comme une balle de jeu de ping-pong

Le Village Artisanal de Ouagadougou (VAO) a ouvert ses portes en octobre 2000 avec le soutien du  Grand-Duché de Luxembourg, de l’Etat Burkinabé avec l’appui de la Chambre de Commerce d’Industrie et d’Artisanat. Près de 500 artisans y travaillent et réaliseraient en moyenne comme chiffres d’affaires annuels près de 757 277 461 FCFA malgré la situation sécuritaire actuelle.

C’est donc bientôt 20 ans que cette belle infrastructure de vente et de promotion d’arts fait la fierté du Burkina. Au delà de l’artisanat décoratif ou utilitaire, du chiffre d’affaires annuel, le VAO constitue une entreprise génératrice d’emplois et de revenus.

Aujourd’hui, comme une balle dans un jeu de ping-pong, la structure ne se retrouve plus. Elle se porte porte mal… très mal aussi bien financièrement que sur tous les autres plans. Son seul péché, l’absence d’un statut juridique.

Les faits. Malheureusement depuis certaines dates, notamment les périodes de maladie à virus Ebola, l’insurrection populaire, la transition, le coup d’Etat manqué de 2015 et les nombreuses attaques terroristes depuis 2016, ont porté un coup dur à l’infrastructure. Méventes, arriérés de loyers et d’électricité sont désormais les maux que connaît le VAO; des difficultés financières qui ont même conduit les occupants actuels des ateliers au non-respect de l’esprit de rotation. Cette occupation rotative des ateliers par les artisans était la règle d’or qui donnait la chance à tous les artisans de pouvoir séjourner au VAO pendant au moins 5 ans.

Et c’est au nom de cet esprit de rotation que la première équipe a été vidée en 2012 pour laisser la place à l’équipe actuelle.  Donc,  si tout fonctionnait à souhait, les locataires actuels du VAO devaient plier bagages en 2018. Mais pour des raisons de méventes semble-t-il, l’équipe est toujours sur le site malgré les multiples rapports du gestionnaire à la hiérarchie, des rapports dans lesquels d’ailleurs, Maurice SAMA étale les arriérés et les impayés des artisans.

Mais les problèmes du Village Artisanal de Ouagadougou ne s’arrêtent pas là ! Car initialement placé sous la tutelle de la Direction Générale de l’Artisanat depuis 2012, des rumeurs font état de son futur rattachement au Conseil Régional du Centre. Aujourd’hui, il est question de le fusionner maintenant au Salon International de Ouagadougou (SIAO).

Cependant faut-il le rappeler, cette dernière décision fait suite à une circulaire du Premier Ministère dans un souci de diminuer le train de vie de l’Etat en regroupant tous les établissements qui ont des activités similaires.

En effet, il s’agit de la circulaire N° 2019.85 /PM/CAB/CSMD du 29 novembre 2019 qui, dans le souci de réduire le train de vie de l’Etat, invite tous les ministres « à entreprendre des initiatives devant conduire à la rationalisation du nombre de structures publiques, notamment le nombre d’Etablissements publics de l’Etat (EPE) » relevant de leur tutelle.  Et comme mesure de réduction du train de vie de l’Etat et des modalités d’application, il est préconisé au point-1 de ces mesures, « la suppression ou la rationalisation de structures administratives par le regroupement de celles ayant des missions similaires pour une réduction des charges ».

Voilà donc une circulaire qui vient ajouter de l’huile sur du feu. Si la décision de réduire le train de vie de l’ETAT est salutaire et à encourager, il faut cependant se demander si le VAO qui souffre depuis sa création d’un statut juridique est concerné par cette mesure de regroupement. Et c’est peu dire que le VAO faute de statut, subit aujourd’hui le traumatisme d’une balle de jeu de ping-pong et qui le conduira si rien n’est fait, à sa fermeture. Et nul ne peut prévoir les conséquences désastreuses qu’engendrerait cette nouvelle décision sur l’avenir de l’infrastructure.

Certains professionnels ne cachent pas déjà leur déception si la mesure venait à être adopter d’autant plus que le VAO n’est pas pour l’instant érigé en EPE comme le stipule la circulaire. Et selon ces professionnels, son rattachement à quelque structure que ce soit en dehors de la chambre des métiers serait comme une entorse aux textes.

Pour éclairer notre lanterne sur ce qui se murmure et susurre dans les coulisses du VAO, nous avons approché quelques artisans et des professionnels du milieu qui nous donnent leurs appréciations sur la question.

Affaire donc suivre dans nos prochaines éditions …

Ci-dessous l’évolution des ventes du VAO de 2014 à 2019:

– 2014: 520 417 090 FCFA

– 2015: 415 615 470 FCFA

– 2016: 379 472 425 FCFA

– 2017: 366 850 575 FCFA

– 2018: 328 413 000 FCFA

– 2019: 261 063 825 FCFA

Source : ArtistesBF

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