Dossier VAO : Y a-t-il un agenda caché ?

La décision des autorités du Ministère du Commerce, de l’industrie et de l’Artisanat de rattacher le VAO au SIAO reste une pilule amère à avaler par certains professionnels du milieu de l’artisanat. Cette décision qui fait suite à une circulaire du premier ministère en vue de réduire le train de vie de l’Etat par le regroupement des EPE ayant des activités similaires souffre de nombreuses incompréhensions dans son application.  Est-ce par méconnaissance des textes, un entêtement ciblé ou le fait d’un agenda caché ? Seydou TOU Directeur Général de la chambre des Métiers et de l’Artisanat apprécie :

Le décret créant le cadre national de concertation des acteurs du secteur de l’artisanat et signé le 1er février 2018 a été foulé au pied du point de vue des artisans. Par conséquent, les artisans dans leur quasi ensemble n’adhéreront pas aux conclusions des travaux quelle qu’en soit l’orientation qui sera donnée et les conclusions auxquelles les participants vont parvenir (dixit Seydou TOU)

Qu’est -ce qui fait le lien entre le VAO et la chambre des métiers 

Seydou TOU (S.T.) : Le VAO est une plateforme qui a été créée depuis 2000 par l’Etat burkinabé avec l’appui de la coopération luxembourgeoise. Cette plateforme regroupe en son sein un nombre d’artisans sélectionnés qui signent un cahier de charge impliquant un certain nombre d’engagements, des missions et des responsabilités. Il s’agit des artisans qui sont forcément membres de la chambre des métiers qui est une institution publique créée par l’état à laquelle il est assigné un certain nombre de missions. A ce titre, tout artisan qui crée son activité ou qui l’exerce de façon légale ou informelle est d’office membre de la chambre des métiers. Par conséquent, le lien entre le VAO et la chambre des métiers est qu’il s’agit des artisans ou   « ressortissants » (comme on les appelle) de la chambre des métiers. Et tout ce qui doit être initié par la chambre de commerce doit pouvoir profiter aussi  à ces artisans. Tout ce qui leur arrive également, il est de notre devoir d’avoir un droit le regard sur leur situation et apporter notre contribution pour les aider non seulement à bien mener leurs activités mais également, qu’ils puissent prospérer et s’épanouir conformément aux missions assignées à la chambre des métiers.

Quel est votre avis sur un éventuel rattachement du VAO au SIAO?

Je pense que l’avis de la chambre des métiers est clair et à maintes fois été exprimée par les premiers responsables sur la question. C’est une décision qui a été prise par le ministère de tutelle qui est le ministère du commerce de l’industrie et de l’artisanat de rattacher tous les villages artisanaux du Burkina au SIAO. Je voudrais juste rappeler qu’avant même d’arriver à cette décision, il y a eu d’autres options qui avaient été proposées, notamment la toute première qui est celle de rattacher le VAO à la chambre des métiers. Mais cette première idée n’a pas été acceptée tout en évoquant un ensemble de griefs qui, de notre point de vue ne tiennent pas la route. Après cela, ils ont décidé de le céder aux conseils régionaux mais cette idée n’a pas non plus prospéré. Finalement, ils ont opté son rattachement au SIAO sous prétexte que c’était dans l’optique de respecter une circulaire du Premier ministre qui, je vous le rappelle veut qu’on réduise le train de vie de l’Etat en rationalisant les dépenses et en regroupant toutes les structures qui ont des missions similaires.

Mais de ce que nous savons, la circulaire parle des EPE qui ont des missions similaires. Or, le VAO à notre connaissance n’a pas de statut encore moins, d’être un EPE avec des missions complètement différentes de celle du SIAO. Par conséquent, nous ne savons pas de quelle manière on pourrait rattacher une telle structure sur la base d’une circulaire dont l’esprit serait tour autre. De notre point de vue, une telle décision n’est pas de nature à créer la cohésion au sein des acteurs du secteur de l’artisanat.

Ce qu’il faut savoir c’est que le terrain, le site actuel où est implanté le VAO appartient à la Chambre de Commerce sous la dénomination de « Chambre de Commerce d’Industrie et d’Artisanat » avec en charge la question de l’artisanat. Ce qui est normal d’ailleurs parce qu’à l’époque, les études qui ont été menées ne pouvaient que rattacher le VAO à la chambre de commerce parce que c’est elle (la chambre de commerce) qui avait en charge la question de l’artisanat.

Mais depuis la création de la Chambre des Métiers en 2007, la Chambre de Commerce s’est retirée et n’a plus le VAO sous sa tutelle. Certes qu’elle continue d’assurer de manière parallèle le conseil de gestion mais cette responsabilité devrait normalement revenir maintenant à la Chambre des Métiers qui devrait prendre le relais.

Donc vous comprenez pourquoi le VAO doit être absolument rattaché à la chambre des métiers. Nous en parlons depuis toujours mais, nous avons comme l’impression qu’il y a d’autres visées.

Pourquoi jusque-là, le VAO ne dispose pas de statut ?

En 2002, une étude a été commanditée par la coopération luxembourgeoise. Elle a été menée par le notaire Maître ZOURE. La question de statut était l’une des préoccupations de la Coopération Luxembourgeoise avant de se retirer du VAO. Notons qu’il y avait 2 préoccupations majeures dont celle de la question foncière et du statut juridique du VAO. Quand ils ont présenté les résultats en 2002, ils avaient même fait une proposition d’un projet de convention de concession à la Chambre de Commerce parce qu’à l’époque, c’est la chambre de Commerce qui s’occupait de la question de l’artisanat. Malheureusement, les choses ont trainé et la Coopération s’est retirée en 2007 sans que les questions foncières et de statut ne soient réglées. La chambre de commerce a continué à gérer le conseil de gestion au détriment de la Chambre des métiers à qui normalement la gestion du VAO devrait revenir. Ce dysfonctionnement a continué ainsi jusqu’à ce que le problème se pose en 2010-2011 à cause de la rotation. En effet, les artisans séjournent au VAO pour 5 ans au bout desquels ils doivent céder les ateliers à d’autres demandeurs. Malheureusement, les pensionnaires qui étaient déjà là n’ont pas voulu obtempérer, car dans le cahier de charge il y a de part et d’autre, les engagements de l’Etat et les engagements des artisans. Ils estiment que l’état n’a pas rempli sa part de contrat d’où le fait qu’ils refusent de vider les lieux.

Entre donc 2010 et 2011, ils ont refusé de partir. Ils ont même Esté en justice la chambre de commerce qui, pour les obliger à partir avait demandé la fermeture du village artisanal. Quand la fermeture a été actée, ils ont même obtenu un acte de justice qui pénalisait la chambre de commerce. L’amende à payer tournait autour de 6 à 6 500 000 / jour environ que la chambre devrait payer pour avoir fermé le VAO.

La chambre se vit obligée de transférer le VAO au Ministère du commerce. En février 2012, le ministre a pris un arrêté pour mettre le VAO sous la responsabilité de la Direction Générale de l’Artisan qui est un département technique du ministère.

Êtes-vous au courant d’un décret qui créée un cadre de concertation national pour les artisans ?

Ce cadre existe. Il a été officiellement signé le 1er février 2018 dans l’objectif de rassembler l’ensemble des acteurs qui peuvent apporter un soulagement et favoriser des échanges en vue d’aboutir à des conclusions intéressantes pour le secteur de l’artisanat. En principe, c’est ce cadre qui était plus indiqué que le groupe de travail constitué par le ministère du Commerce pour réfléchir sur la question de rattachement du VAO au SIAO. Et la question a été posée par le gestionnaire du VAO qui a déploré le fait de la non considération de l’existence du décret et du cadre de concertation qui devrait prévaloir sur le groupe de travail qui, de mon point de vue n’avait plus de raison d’être.

Comment voyez-vous la fin de cette histoire

En tant que participant au groupe de travail, on leur a réaffirmé notre position qui reste invariable quelle qu’en soit l’orientation qui sera donnée et les conclusions auxquelles ils vont parvenir. Tant que ce n’est pas la chambre des métiers, nous n’adhérons pas à ces conclusions. L’objectif de ce travail est de faire en sorte à rattacher tous les villages artisanaux déjà construits ou en chantier au salon International de l’artisanat de OUAGADOUGOU (SIAO).

Fatim BARRO et Pelagie BADOLO (Stagiaire)

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