Au Mali, la Cédéao s’incline devant les putschistes

Analyse. S’étant d’abord opposée au coup d’État en fermant leurs frontières et en suspendant leurs échanges financiers, les dirigeants de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) ont finalement décidé de se rendre au Mali. Sans plus de pouvoir et de légitimité, ils n’ont d’autre choix que de composer avec les putschistes.

Par Marion Bellal

 

Cinq jours après le coup d’État mené par des militaires contre le président Ibrahim Boubacar Keïta au Mali, même la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) qui avait condamné l’action des putschistes, assure qu’elle est « très optimiste ». La délégation ouest-africaine est arrivée samedi 22 juillet à Bamako afin de rencontrer et de discuter avec les mutins du Comité national pour le salut du peuple, dirigé par le colonel Assimi Goïta.

L’action de la Cédéao, perçue comme une ingérence

C’est déjà la quatrième fois qu’une délégation de la Cédéao, menée par Goodluck Jonathan, ancien président du Nigeria, se rend au Mali depuis les élections législatives des 29 mars et 19 avril 2020 et le début de la crise politique. Une médiation très mal perçue par la population.

« Il est délicat pour la Cédéao de vérifier ainsi le bon respect du droit au Mali alors que ses représentants violent la Constitution dans leurs propres pays, en se présentant par exemple pour un troisième mandat comme le font Alassane Ouattara en Côte d’Ivoire ou Alpha Condé en Guinée », soulève André Bourgeot, directeur de recherche émérite au CNRS, anthropologue spécialiste de l’Afrique saharo-sahélienne.

La commission a, elle, assuré que les discussions avec les mutins se déroulaient très bien et qu’elle espérait « pouvoir tout finaliser d’ici lundi 24 août ». Elle a pu rencontrer le président démissionnaire Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), le président de l’Assemblée nationale, Moussa Timbiné, et le chef de l’état-major de l’armée malienne, le général Abdoulaye Coulibaly, qui sont retenus par la junte depuis mardi 18 août.

En signe de « respect des droits de l’homme », selon les putschistes, et surtout de volonté de coopérer avec les représentants étrangers, deux détenus ont été libérés vendredi 21 août : l’ancien ministre des finances et de l’économie, Abdoulaye Daffé, et l’ancien secrétaire particulier du président, Sabane Mahalmoudou. Il reste donc, selon les militaires, 17 détenus.

Manifestations pro et anti-Keïta

Ce même jour, des milliers de personnes s’étaient rassemblées à Bamako pour « fêter la victoire du peuple » à l’appel du mouvement d’opposition du Mouvement du 5 juin-Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), fondé pendant les législatives et qui se dit prêt à participer à l’élaboration d’une transition. Face à ce mouvement populaire, il n’est pas impossible que la Cédéao fasse des concessions pendant ses discussions avec les mutins, d’autant plus que « les chefs des pays frontaliers craignent que cette ferveur de la population s’étende à leurs territoires », explique l’anthropologue, qui ajoute que la France semble, elle aussi, adopter un discours nouveau en faisant référence à « la souveraineté populaire malienne ». « Si la France tend ainsi vers l’instauration de nouveaux rapports de force au Mali, la Cédéao pourrait être affaiblie et perdre de sa légitimité », poursuit André Bourgeot.

Cependant, selon le site maliweb.net, des manifestants favorables au président démissionnaire IBK, qui se sont rassemblés le lendemain des manifestations pro-coup d’État, ont été dispersés à coups de matraques et de gaz lacrymogènes sur l’esplanade de la Bourse du travail, à Bamako. Enfin, l’explosion d’une bombe samedi 22 août dans la région de Koro, à la frontière avec le Burkina Faso, qui a tué quatre soldats et en a blessé un grièvement, pourrait être le « signe probable d’un manque d’homogénéité » face à ce putsch, au sein de l’armée et non de la population.

Source : Lacroix.com

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