En Biélorussie, le régime garde la main

Analyse. De nouvelles manifestations se sont déroulées ce week-end dans les grandes villes du pays, dont Minsk, la capitale. Alors que le président Alexandre Loukachenko ne semble plus menacé, les autorités ciblent désormais les têtes de file du mouvement et menacent d’une répression de masse.

C’était devenu le symbole d’un président aux abois : Alexandre Loukachenko hué, il y a une semaine, par les ouvriers de l’usine de véhicules agricoles MZKT à Minsk, hésitant et en sueur devant un public qu’il croyait acquis à sa cause. Quelques jours plus tard, le désarroi s’est mué en colère lorsque, samedi 22 août, l’autocrate ordonne la fermeture dès lundi des usines en grève. « Je vous donne le week-end pour réfléchir, assène-t-il à l’adresse des manifestants. À partir de lundi, le pouvoir devra exercer le pouvoir. »

Une contestation qui court vers l’impasse

Deux semaines après la victoire aussi écrasante que falsifiée d’Alexandre Loukachenko à l’élection présidentielle, les Biélorusses sont encore descendus dans les rues des grandes villes du pays ce week-end, pour réclamer de nouvelles élections et dénoncer la violence des forces de sécurité. Malgré les barrages filtrants et les avertissements du ministère de l’intérieur, une foule immense s’est réunie dimanche 23 août sur la place de l’Indépendance à Minsk.

Le sentiment était celui d’une journée décisive pour une contestation qui, durant la semaine, semblait courir vers l’impasse. « Un mouvement de protestation s’épuise s’il n’est pas renforcé par des victoires, comme des défections au sein de l’élite ou des concessions des autorités. Et il n’y a pas eu de telles victoires pour l’instant », remarque Artiom Chraïbman, un analyste politique biélorusse.

Le pouvoir n’a pas hésité à multiplier les tentatives d’intimidation : dimanche, le ministre de la défense a menacé les manifestants « d’avoir affaire à l’armée et pas à la police »« L’armée a été peu utilisée jusque-là », note néanmoins Siarhei Bohdan, spécialiste des questions de défense en Biélorussie. « Elle est surtout composée de conscrits et le pouvoir n’est pas certain de pouvoir compter sur eux. » KGB et troupes anti-émeutes restent, pour l’heure, le fer de lance de la répression.

Pour s’accrocher au pouvoir, Alexandre Loukachenko n’hésite pas à changer de tactique. Au lieu de couper la Toile dans son ensemble, comme au début des manifestations, les autorités ont bloqué, samedi, plus de 40 sites Internet de médias indépendants ou de groupes d’opposition.

La violence des premiers jours, où des centaines de manifestants ont été tabassés et parfois torturés dans les centres de détention du pays, a laissé place à une répression plus ciblée visant avant tout les têtes de file de la contestation.

Les menaces contre les grévistes se multiplient

La multiplication des mouvements de grève a notamment fait des ouvriers des entreprises d’État des cibles prioritaires. À Belaruskali, l’un des plus importants producteurs de potasse du monde, au moins trois membres du comité de grève ont été détenus par la police, tandis que les menaces contre les grévistes se sont multipliées toute la semaine.

« Ils nous appellent, nous disent de reprendre le travail, menacent même nos familles », s’inquiète au téléphone l’un d’entre eux. Pressions et menaces de licenciement font leur effet : le nombre de grévistes n’a cessé de diminuer.

Des forces de sécurité toujours loyales

La clé du maintien au pouvoir d’Alexandre Loukachenko reste la loyauté des forces de sécurité. Elles continuent à faire bloc derrière le président, alors même que ce dernier semblait perdre la main. Pour Artiom Chraïbman, Loukachenko est parvenu à insuffler une atmo­sphère de « responsabilité collective » et l’idée que sa chute entraînerait immanquablement la leur.

Mais l’analyste voit aussi dans l’absence de défections d’envergure le résultat d’une contestation dépourvue de leaders clairement identifiés : « Ceux qui envisagent de changer de camp ne savent pas vraiment vers qui se tourner », note-t-il. Refusant la moindre concession, Alexandre Loukachenko se retranche, lui, pour un long siège.

Source : La croix.com

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