Ordination des hommes mariés… Comment le pape s’y

Les faits. Dans une note qu’il a confiée à la revue jésuite Civiltà Cattolica et publiée samedi 5 septembre, François insiste sur le processus de décision pendant le synode sur l’Amazonie.

C’est une note de quelques lignes, donnée à la revue jésuite Civiltà Cattolica, dirigée par un très proche de François, le jésuite Antonio Spadaro, et publiée samedi 5 septembre. Le pape y développe sa vision de la synodalité, c’est-à-dire de la collaboration entre les évêques et le pape, revenant en particulier sur le synode sur l’Amazonie.

Au cours de ce synode tenu en octobre 2019 au Vatican, les membres avaient notamment débattu de l’opportunité d’ordonner prêtres des hommes mariés. Mais dans l’exhortation apostolique qui avait suivi, en février 2020, Querida Amazonia, le pape n’avait pas tranché cette épineuse question. La note publiée par la Civiltà Cattolica permet de mieux comprendre le processus qui a mené à cette issue.

« Nous devons comprendre que le Synode est plus qu’un Parlement »

Dans sa note, le pape revient sur la discussion qui eut alors lieu entre évêques. « Il y a eu une discussion… une discussion riche… une discussion bien fondée, mais sans aucun discernement, ce qui est autre chose que d’arriver à un consensus juste et bon ou à une majorité relative », relève-t-il.

Il poursuit : « Nous devons comprendre que le Synode est plus qu’un Parlement. Et dans ce cas particulier, il ne pouvait pas échapper à cette dynamique. Sur cette question, il a été un parlement riche, productif et même nécessaire, mais pas plus que cela. Pour moi, cela a été décisif dans le discernement final, lorsque j’ai réfléchi à la façon de faire l’exhortation. » Une exhortation dans laquelle il ne fait pas référence à la possibilité d’ordonner prêtres des hommes mariés, tout en renvoyant au document final du Synode, qui ouvrait la porte à l’ordination de diacres permanents.

« Marcher ensemble signifie consacrer du temps à une écoute honnête »

Car pour le pape François, les évêques réunis en synode, sur l’Amazonie en 2019, sur les jeunes en 2018 et sur la famille en 2014-2015, ne peuvent se réduire à un système parlementaire, où l’on mesurerait les équilibres et les consensus dégagés après un débat. « L’une des richesses et des originalités de la pédagogie synodale est précisément dans le fait de sortir de la logique parlementaire pour apprendre à écouter, en communauté, ce que l’Esprit dit à l’Église. C’est pour cela que je propose toujours d’observer le silence après un certain nombre d’interventions », écrit-il.

Puis il détaille ce que doit être pour lui la méthode de travail du synode : « Marcher ensemble signifie consacrer du temps à une écoute honnête. » Ce n’est qu’au prix d’une telle écoute que les participants au synode pourront opérer un réel discernement, se dégageant de « la pureté apparente de nos positions (initiales) » pour « nous aider à discerner le blé qui jusqu’à la Parousie, pousse toujours au milieu des mauvaises herbes ».

« Toute personne retranchée dans “sa vérité” finit par devenir prisonnière d’elle-même »

« Ceux qui ne se sont pas rendu compte de cette vision évangélique s’exposent à une amertume inutile. L’écoute sincère et priante nous montre les “intentions cachées” appelées à la conversion. Quel sens aurait l’assemblée synodale si elle n’écoutait pas ensemble ce que l’Esprit dit à l’Église ? », interroge François.

Il arrive parfois au cours d’un synode, explique le pape, que le « mauvais esprit » finisse par « conditionner le discernement, favoriser des positions idéologiques, d’un côté comme de l’autre, et des conflits épuisants entre des groupes et, pire encore, affaiblir la liberté de penser, si importante dans un cheminement synodal ».

En de tels cas, le pape estime que s’installe alors « une atmosphère qui finit par déformer, réduire et diviser l’aula synodale en des positions dialectiques et antagonistes qui n’aident en aucun cas la mission de l’Église. Car toute personne retranchée dans “sa vérité” finit par devenir prisonnière d’elle-même et de ses propres positions, projetant ses propres confusions et insatisfactions dans de nombreuses situations. Marcher ensemble devient alors impossible. »

François souligne par ailleurs que tout discernement se poursuit au-delà du synode. « J’aime à penser que, en un certain sens, le synode n’est pas terminé. Ce temps d’accueil de tout le processus que nous avons vécu nous met au défi de continuer à cheminer ensemble et à mettre en pratique cette expérience. »

Une nouvelle encyclique sur la fraternité début octobre

Quelques jours après de premières rumeurs dans la presse italienne, la publication très prochaine d’une encyclique du pape François sur la fraternité a été confirmée samedi 5 septembre, par le diocèse d’Assise. C’est dans la ville de saint François que le pape ira, le samedi 3 octobre, signer son nouveau texte intitulé Fratelli tutti« Tous frères ».

Ce texte, dont la signature aura lieu au Sacro Convento, à la veille de la fête de la Saint François d’Assise, sera la troisième encyclique de François, après Lumen Fidei (2013) et Laudato Si’(2015). Si la date de publication officielle du texte n’a pas encore été annoncée, elle pourrait intervenir très rapidement après sa signature.

Source : Lacroix.com

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