Crise de la dette en Afrique subsaharienne: la peur de l’effet domino (rapport Citi)

Avec la Zambie susceptible, avec un ratio dette sur PIB de 120%, de faire défaut sur son eurobond d’ici la fin de l’année en cours, les spéculations vont bon train sur la dette des pays de l’Afrique subsaharienne, rapporte Citi Research, une division de Citigroup Global Markets. Selon le rapport datant du 2 novembre 2020, la dette publique des pays de la région est passé de 50,4% du PIB en 2019 à 56,6% en 2020. Le ratio grimperait même à 60,4% en excluant le Nigeria et l’Afrique du Sud, les deux premières économies de la région, qui totalisent à elles deux 50% de son PIB. Quelque 6 pays présentent un stock de dette dépassant les 100%. Il s’agit de l’Angola, du Cap-Vert, de la République du Congo, de l’Érythrée, du Mozambique et de la Zambie. Tous ces 6 pays cherchent à restructurer leurs dettes à l’exception du Cap-Vert.

Selon les données du FMI, il y a quinze autres pays où le ratio dette publique / PIB est supérieur à 65% mais inférieur à 100%. Cependant, ce groupe de 15 pays est assez diversifié. Il comprend des pays assez pauvres et politiquement en difficulté où la dette est en grande partie contractée auprès des bailleurs publics s à des conditions très concessionnelles qu’ils pourraient envisager d’annuler, un peu comme dans le cadre des initiatives PPTE au milieu de 2000. Ce groupe comprend également de nombreuses économies plus importantes, et notamment des pays à revenu intermédiaire, notamment le Gabon, le Ghana, le Kenya, Maurice, la Namibie, le Sénégal, les Seychelles et l’Afrique du Sud.

Dans un contexte historique, le niveau d’endettement est encore plus élevé qu’avant les annulations de dette au titre des initiatives PPTE au milieu des années 2000. Selon les données du FMI, la dette publique de l’Afrique subsaharienne est passée de 46,5% en 2004 à 38,1% en 2005, puis à 28,6% en 2006 au fur et à mesure de la mise en œuvre des annulations, mises en oeuvre par les membres du Club de Paris.

À bien des égards, relèvent les chercheurs de Citi, “la vraie question de la dette en Afrique subsaharienne est de savoir si ces pays continueront de voir leur encours de dette augmenter aussi rapidement que ces dernières années, dans les années à venir”. Si ces pays atteignent la barre des 100% d’endettement par rapport au PIB, il y aura forcément crise. La rapidité de l’augmentation de la dette est soulignée en rouge. L’exemple de la Zambie est éloquent à ce sujet. Le niveau de la dette de ce pays d’Afrique Australe est passé de seulement 65,5% du PIB en 2017 à plus de 100% en 2020. “Mais la Zambie nous rappelle également que même si la dette continue à augmenter dans ces pays, il est peu probable qu’une crise de la dette soit imminente”, tempère l’étude.

Les recettes fiscales

La réalité est que 2020 est probablement assez exceptionnelle en ce qui concerne la hausse des niveaux d’endettement, alors qu’à partir de 2021, les niveaux d’endettement reviendront à une hausse plus régulière sur plusieurs années. Beaucoup de paramètres seront à étudier pour voir si oui ou non il y aura crise de la dette. Entre autres, cela dépendra de la disposition des détenteurs de coupons euronbonds africains à accepter la restructuration. Ou encore de l’Etat chinois à souscrire à un programme de rééchelonnement. “Dans le même temps, nous prévoyons toujours que de nombreux pays dont l’encours de la dette est élevé continueront d’avoir accès non seulement aux financements Eurobond dans les années à venir, mais aussi aux banques commerciales via des prêts syndiqués, des prêteurs multilatéraux et bilatéraux et même des entrées sur leur marché intérieur de la dette”, opine le rapport de Citi.

En parallèle, “nous pensons que l’autre débat politique critique portera sur le rythme de l’assainissement budgétaire en Afrique subsaharienne après 2020. En particulier, nous pensons que la politique devra se concentrer sur l’assainissement budgétaire axé sur les recettes, car une tendance très nette ces dernières années est la baisse des recettes fiscales perçues en pourcentage du PIB”. Au cours de la décennie 2000-2010, les gouvernements de l’Afrique subsaharienne ont perçu plus de 20% du PIB en recettes hors subventions en une année, principalement des recettes fiscales. Ce niveau a commencé à baisser un peu au cours des dernières années de la décennie, mais selon les données du FMI, il est remonté à 22,1% du PIB en 2011. Cependant, depuis lors, il est en baisse constante, une tendance aggravée par le COVID-19 en 2020, le FMI estimant désormais que ce chiffre ne représentera que 14,5% du PIB en 2020. Illustration de cette tendance, en 2011, le PIB de l’Afrique subsaharienne était de 1 521,7 milliards de dollars EU alors que les revenus perçus par les gouvernements s’élevaient à 336,3 milliards de dollars américains. En 2019, le PIB de l’Afrique subsaharienne était de 1714,2 milliards de dollars américains. Cela signifie que les revenus perçus par les gouvernements de l’Afrique subsaharienne s’élevaient à 288,3 milliards de dollars américains.

Si le recouvrement des recettes représentait le même pourcentage du PIB en 2019 qu’en 2011, les gouvernements de l’Afrique subsaharienne auraient collecté 378,8 milliards de dollars américains, pas loin des 100 milliards de dollars de plus en un an seulement. Pour replacer cela dans son contexte, au début de la crise du COVID-19, par le biais de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), les ministres africains des finances et l’Union africaine ont appelé «les partenaires de développement à leur accorder 100 milliards de dollars dont 44 milliards de dollars de dette secours, pour aider à soutenir les systèmes de santé, sauvegarder les emplois et fournir des filets de sécurité aux groupes vulnérables ».

En substance, poursuivent les auteurs du rapport de Citi, “nous ne sommes pas sûrs que l’Afrique subsaharienne ait un problème d’endettement, mais ce qu’elle a manifestement, c’est un problème de recouvrement des recettes publiques. Et cela a un impact non seulement sur la capacité des gouvernements à fournir des services de base, tels que la santé et l’éducation, mais aussi à financer les infrastructures et à rembourser la dette”.

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