L’équipe Biden-Harris, la diversité au pouvoir

Le président élu Joe Biden prépare la prochaine administration, qui devra faire face, dès le 20 janvier, à une double crise sanitaire et économique.

Le futur chef de l’État sera à la tête de l’équipe la plus diverse de l’histoire des États-Unis, dont Kamala Harris, la numéro deux, sera le meilleur symbole.

L’équipe Biden-Harris, la diversité au pouvoir

Le 20 janvier 2021, l’Amérique changera de tête : à 78 ans, Joe ­Biden prendra les rênes d’un pays plongé dans une grave crise sanitaire doublée de tensions économiques sévères. Un homme blanc âgé succédera à un autre homme blanc âgé. Au-delà des apparences, c’est en fait un tout autre visage que les États-Unis afficheront à partir de 2021 : dans le sillage de Joe Biden, une nouvelle génération arrive au pouvoir à Washington, incarnée par la vice-présidente, Kamala Harris.

Âgée de 56 ans, Kamala Harris sera le symbole d’une administration diverse, métissée et engagée sur le chemin de la parité. À elle seule, la nouvelle numéro deux est déjà une première. Avant elle, jamais une femme n’avait accédé à la vice-présidence. Au sein de la future administration Biden-Harris, d’autres postes, traditionnellement confiés à des hommes, seront occupés par des femmes – Avril Haines, 51 ans, sera la nouvelle patronne du renseignement – du jamais-vu dans cet univers éminemment masculin ; Janet Yellen, 74 ans, dirigera le Trésor, le ministère des finances américain, etc.

De mère indienne et de père jamaïcain, Kamala Harris est à l’image d’une équipe qui, avant même d’être au complet, est déjà riche de parcours inédits. Aucun Latino, par exemple, n’avait été ministre de la santé ou de la sécurité nationale avant la nomination, dimanche 6 décembre, de Xavier Becerra, 62 ans, fils d’immigrés mexicains, et celle, le mois précédent, d’Alejandro Mayorkas, né à Cuba il y a 61 ans. Wally Adeyemo, 39 ans, d’origine nigériane, sera le premier secrétaire adjoint au Trésor afro-américain, tandis que Neera Tanden, d’origine indienne, dirigera le Bureau de la gestion et du budget.

« Ce sera très certainement l’administration la plus diverse de l’histoire », se réjouit Ray La Raja, professeur de sciences politiques à l’université du Massachusetts à Amherst. De fait, à partir du 20 janvier, Washington sera aux antipodes de la vieille Amérique de Donald Trump. L’administration Biden-Harris sera à l’image de celle qu’on voit dans la rue et, plus encore, dans les écoles : depuis le début du siècle, les nouveau-nés blancs sont minoritaires dans les maternités de l’Oncle Sam. Dans deux ou trois décennies, les Blancs représenteront moins d’un Américain sur deux.

Mais cette nouvelle génération qui arrive au pouvoir n’est pas une génération spontanée. « Barack Obama s’était déjà entouré de responsables d’origines variées, rappelle Ray La Raja. Avant lui, Bill Clinton, le premier, avait ouvert plus largement les portes de Washing­ton. Ce passé a permis à Joe Biden de trouver des personnes expérimentées pour jouer désormais les tout premiers rôles. »

Le président élu a trouvé, parmi les numéros deux ou trois de l’administration Obama, de nombreux numéros un. De quoi composer un casting aux allures de festival de premières. Ce qui ne signifie pas, pourtant, que Joe Biden soit félicité de toute part par les membres de la société civile qui l’ont appuyé. « Les Noir râlent : ils veulent un poste en première ligne, confie un diplomate européen en fonction à Washington. C’est bien d’avoir des postes, c’est mieux d’avoir des poids lourds au sein du gouvernement. » Si le premier conseiller de Joe Biden, Cedric Richmond, 47 ans, est afro-américain, une pression croissante s’exerce sur l’équipe de transition pour décrocher une nomination plus forte – notamment à la tête du ministère de la justice, sept mois après l’affaire George Floyd.

Joe Biden, ancien vice-président, n’ignore rien des enjeux de ces nominations. Il a déjà été témoin de ces appels du pied plus ou moins discrets, fin 2008, quand l’administration Obama se mettait en place. « À partir du moment où j’ai procédé aux premières nominations, les différentes attentes au sein de ma coalition ont commencé à se manifester, écrit Barack Obama dans les mémoires qu’il vient de publier (1). Pour les initiés, en tout cas les politiciens, les agents et les journalistes dont la mission consistait à lire dans le marc de café chaque désignation en disait long sur mes véritables intentions politiques, était la preuve de mon penchant à droite ou à gauche, de ma volonté de rompre avec le passé ou de me contenter de poursuivre dans la lignée de mes prédécesseurs. Les choix de personnes reflétaient des choix stratégiques et, à chaque choix, les risques de désillusion augmentaient. »

À ce stade, le plus important pour Joe Biden est sans doute de ne pas s’aliéner l’aile gauche du Parti démocrate, qui ne s’est pas ménagée pour le faire élire alors qu’elle était largement restée sur la touche en 2016. Or elle estime, pour l’heure, que le compte n’y est pas. « Si nous avons été encouragés par certaines des nominations de Joe Biden, nous ne pensons pas que les progressistes soient suffisamment représentés à ce stade », ont fait savoir fin novembre, dans un communiqué commun, Justice Democrats et le Sunrise Movement, deux organismes alliés de Bernie Sanders.

« C’est vrai que Joe Biden n’a, pour l’heure, pas nommé de personnalités issues de la société civile ou de mouvements du terrain, reconnaît Marie-Cécile Naves, directrice de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris). Je pense que le futur président veut absolument présenter un contraste par rapport à l’administration Trump en choisissant des personnes qui connaissent les dossiers et le fonctionnement du pouvoir. Donc des personnes ayant une expérience dans le gouvernement ou les services de l’État. »

Mais à piocher dans ce moule, Joe Biden risque de s’entourer d’une nouvelle uniformité. « Ces profils correspondent à une véritable diversité démographique, en phase avec l’évolution démographique de la société américaine, surtout dans les villes, précise Ray La Raja. Mais tous viennent des mêmes grandes écoles. Il y a donc une plus grande diversité démographique, mais autour d’une élite assez uniforme, qui risque de renforcer le décalage entre les démocrates et la base républicaine. »

Joe Biden peut encore rectifier le tir. Il pourrait se montrer plus audacieux après le 5 janvier, date des deux élections sénatoriales de Géorgie, qui décideront du sort du Sénat. Les démocrates doivent s’imposer pour prendre le contrôle de cette chambre. « Il est possible que Joe Biden préfère ne pas prêter le flanc aux accusations de ”socialisme”, à quelques semaines de ce vote crucial pour sa propre capacité d’action », estime Marie-Cécile Naves.

Le Sénat, chargé de nombreuses responsabilités spécifiques, joue un rôle clé dans la démocratie américaine. Si les républicains conservent leur majorité, ils pourraient grandement contrecarrer les choix de Joe Biden. Y compris pour ses nominations, dont beaucoup doivent avoir l’aval des sénateurs pour être confirmées.

Source : Lacroix.com

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