Littérature : Kadiata Dicko, Ecrivaine

Kadiata Dicko est une ancienne élève de l’Ecole Nationale d’Administration et de la Magistrature (ENAM). Adjointe administrative en service à la mairie de Djibo dans la province du SOUM, Kadiata Dicko n’a pas cessé d’écrire à ses temps libres. Malgré le contexte sécuritaire dans cette région, Kadiata Dicko n’a pas faibli. Bien au contraire, elle s’est montrée très fertile en termes d’inspiration depuis qu’elle a été contrainte de rejoindre Ouagadougou pour des raisons d’insécurité. A l’adresse de la Jeunesse, notre invitée vient de faire paraître aux éditions « ICRA Livre » une œuvre de belle facture intitulée « l’Affranchie » . L’auteure était dans nos locaux le 27 janvier 2021. Voici  l’histoire de sa rencontre avec la littérature.

Je suis Dicko Kadiata, je suis native de Djibo. J’ai fait mon école primaire à « l’école A » de Djibo et le secondaire au lycée provincial où je me suis limitée en classe de terminale. Après ce bref cursus scolaire, je suis venue à OUAGA pour suivre des cours à l’ENAM  en qualité d’adjointe administrative avant de revenir à la mairie de Djibo en qualité d’agent de bureau.

Comment êtes vous venue à l’écriture ?

L’idée d’écrire m’est venue étant à la maison parce que mon père aimait lire. Il avait un grand carton rempli de documents et de revues. Poussée par une certaine curiosité, j’aimais fouiller dans le carton pour y retirer quelques livres ou des journaux. J’aimais particulièrement lire la bande dessinée « Emilie et ZAMBO », une histoire passionnante écrite par Anatole KIBA dans le quotidien Observateur. Donc, ma passion pour la lecture a commencé ainsi. Ce qui faisait que j’étais vraiment assidue. Après donc les journaux, j’ai continué à lire les romans et les journaux jusqu’au jour où je suis tombée sur  un roman dont le contenu m’a beaucoup marqué. J’ai pris grand plaisir à le lire et depuis ce jour, j’ai aussi décidé de me lancer dans l’écriture. Ce livre dont j’ignore jusque-là le titre (parce qu’il n’avait pas de couverture) a été d’ailleurs le premier livre que j’ai pu lire et terminé d’un trait.

L’affranchie est-ce une autobiographie ?

L’Affranchie est une inspiration, mais bien plus que cela, c’est une histoire qui m’a été racontée. Et quand je l’ai écoutée, j’ai pris la résolution d’écrire l’histoire.

L’affranchie n’est donc pas une autobiographie, c’est une histoire tirée du quotidien. Je n’ai fait que l’agrémentée à ma manière.

Comment se porte le livre sur le marché ?

Assez bien ! Puisqu’il a été dans un premier temps financé et tiré en 500 exemplaires grâce au soutien du Bureau Burkina du Droit d’auteur (BBDA. Il a été préfacé par le Docteur Dramane KONATE que je remercie au passage ainsi que le BBDA. 500 exemplaires ont été vendus à cette date et 300 autres exemplaires ont été récemment réédités à mon propre compte.

Comment trouvez –vous l’édition ?

L’édition n’a pas été chose compliquée pour moi. Au départ, quand j’étais à Djibo, je n’avais pas une idée de comment cela se passait. Je ne savais pas vraiment à qui m’adresser.  Mais j’ai eu la chance de rencontrer récemment le Docteur KONATE à la journée de l’ENAM. Nous avons échangé et je lui ai parlé de ma passion pour l’écriture. Il m’a dit «  tu m’envoies un manuscrit et je vais voir ». Et j’ai choisi d’envoyer l’Affranchie et quand il l’a lu, il était intéressé et les thèmes abordés l’ont plu également. C’est ainsi que le livre a été édité par la maison d’édition « ICRA Livre ».

Combien de pages fait-il ?

Il fait environ 130 pages et coûte 3 000  F CFA.

Kadiata DICKO : Auteure du Livre l’Affranchie

Quelle est la leçon que l’on peut tirer véritablement de cette œuvre ?

Je vais faire un bref résumé et terminer avec la leçon à tirer.

L’Affranchie, c’est l’histoire d’une orpheline dénommée Leila.  La petite Leila est issue d’un père burkinabè et d’une mère ivoirienne. Le père de Leila avant de se retrouver en Cote d’ivoire avait déjà été banni par son père car il avait refusé le mariage que ce dernier lui imposait. Alors, il s’était exilé en Côte d’ivoire où il a rencontré la mère de Leila. Malheureusement le père  décéda. Elle avait à peine une année.  Sa mère étant jeune, décida de l’envoyer au pays natal au Burkina Faso pour qu’elle connaisse ses ancêtres. Arrivée au Burkina,  direction le village, elle s’est retrouvée dans un monde qui lui était étranger. En plus de cela, même étant petite fille, elle avait remarqué qu’il y a quelque chose qui n’allait pas. Et à son âge, on ne pouvait pas lui expliquer le problème. Tout compte fait, étant donné que c’est son oncle paternelle qui l’avait accompagné au village, il a du repartir  dès le lendemain à Ouagadougou pour qu’elle reprenne le car pour la Côte d’ivoire. Les choses ne se sont pas passées telles qu’elles auraient du se passer, vu que l’oncle, l’a abandonné dans une place publique et est parti.  Elle  ne l’a plus jamais revu.

Heureusement, elle a eu la chance d’être recueillie par une bonne dame qui vendait ces condiments. Et cette bonne dame a eu la bonté de lui faire faire le tour du marché  durant des jours. Jusqu’à ce que  un certain temps, n’ayant pas des nouvelles de l’oncle, la bonne dame a décidé de l’a gardé avec elle. Elle suivait cette bonne dame, elle l’aidait au marché puis elle rentrait. Cette dernière avait aussi des enfants qui partaient à l’école mais elle non.  Elle était abandonnée, orpheline, elle s’est retrouvée dans une famille d’adoption occasionnelle, elle était une toute petite fille. Mais elle avait des rêves et en ce temps son rêve était d’aller à l’école. Elle a su user de son intelligence pour pouvoir aller à l’école.  Elle s’en est en sorti puisque on l’a inscrit. Elle a ainsi eu son CEP, son BEPC puis son BAC.

Mais comme nous tous nous le savons, la vie n’est pas un long fleuve tranquille, il y a des hauts et des bas et elle a finit par être violée  par son oncle adoptif. Ce viol a engendré une grossesse qu’elle a du avorter. Et donc une deuxième fois,  elle a quitté sa seconde famille et est allée se réfugier ailleurs. Mais comme le monde n’est pas un panier percée, il y a toujours de bonne personne. Il y a eu une vieille dame qui a eu la volonté de l‘accueillir chez elle  et elle a ainsi continué son cursus scolaire. Elle s’est retrouvée à l’université et a même vécu la prostitution. Pour couper court,  elle a pu repartir en Côte d’ivoire et retrouver sa mère. Les traditions qui jadis n’avaient pas accepté de l’accueillir en terre natale, on finit par lui pardonner. Elle a retrouvé ses grands parents, elle  s’est mariée et est partie aux USA.

C’est pour cela que  j’ai titré ce livre l’Affranchie parce que malgré tout ce qu’elle a vécu elle a su s’en sortir. L’Affranchie conseille toutes les jeunes filles à se frayer leur chemin malgré les difficultés qu’on rencontre. Il faut toujours tenir bon.

A quand la dédicace ?

Je n’ai pas encore fait de dédicace et très franchement je  ne suis pas pressée. L’essentiel, c’est d’avoir eu le  livre, le présenter  et le vendre. Et je trouve que c’est déjà intéressant quand bien même, qu’il y aura peut être un jour une dédicace.

Des questions qui fâchent …

Etes-vous d’avis que la femme doit obéissance et soumission à son mari dans le foyer ?

Bien sûr que je suis d’avis ! Il n’y a pas deux capitaines dans un bateau.  On peut le laisser diriger et user d’intelligence pour avoir ce que l’on veut de lui.

Les échecs scolaires sont le plus souvent attribués à la flexibilité de l’éducation ( Absence de punition corporelle). A votre avis, faut-il revenir au bâton ? Se montrer de plus en plus tendre avec les enfants ? ou  leur offrir suffisamment de liberté?

Je vais répondre point par point :

Faut-il revenir au bâton ? A cette question, je dis Non ! Une fois j’étais à une formation. Et j’ai appris du formateur ceci :  Quand l’enseignant n’a plus de méthode pour transmettre son message, il doit avoir recours au bâton. Le bâton reste le dernier recours pour moi ; que ce soit à l’école ou à la maison.

Se montrer de plus en plus tendre ? Bien sûr pourquoi pas ? La tendresse fait facilement passer le message.

Faut-il donner suffisamment de liberté aux enfants ? Je dis non ! L’excès de liberté, même à une grande personne n’est pas recommandé. En toute chose, il faut des limites sauf pour le savoir.

Quand vous élevez un enfant, qu’attendez-vous de lui ? pour qu’il vous soit redevable ou qu’il puisse  se prendre en charge un jour ? 

Non ! je ne l’ai pas élevé pour qu’il soit redevable en moi . Je vais prendre l’exemple sur moi. Quand mes parents m’ont élevé, ils m’ont dit qu’ils souhaitaient que je sois une personne meilleure. Mais ils n’ont jamais rien attendu de moi. Aujourd’hui, quand je tends un billet de 10 000 F à mon père, il me dit « merci, mais c’est trop. Je n’en ai pas besoin ».    Je lui dis, tu en as besoin parce que tu es mon Alors pour revenir à la question, je souhaite à l’enfant que j’élève qu’il soit satisfait de sa propre personne, Qu’ils puissent se prendre en charge, qu’il soit fier d’être ce qu’il est et qu’à chaque fois qu’il y aura des obstacles dans sa vie, qu’il puisse les surmonter avec ou sans moi. Que tout enfant, qu’il soit de moi, d’un ami, d’un frère ou d’une sœur, que tous les enfants du monde entier puissent un jour se prendre en charge et être aussi utiles aux autres.

Votre dernier mot

A la jeunesse présente et future, il faut se cultiver, il faut lire, il faut aller dans les librairies parce que je me dis qu’en matière de savoir, il n’y a pas de limites. Le savoir, nous rend intelligent et quand on l’a, on s’en sort toujours d’une manière ou d’une autre. Il n’y pas de limites, il faut se cultiver, il faut apprendre afin de devenir quelqu’un de bien. Quand tu apprends, tu sauras toujours faire la part des choses, discerner le bien du mal. Donc, cultivons-nous avec les livres, apprenons et tirons de bonnes leçons.

 Patrick COULIDIATY

 

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