Société : Bernadette KONFE, un exemple de femme battante.

Nous sommes dans les locaux du Haut Conseil pour la Réconciliation et l’Unité Nationale (HCRUN). C’est là que travaille Madame Bernadette KONFE notre invitée de la semaine. Enseignante de profession, Madame Konfé née Ouédraogo Bernadette a eu cependant une carrière bien perturbée liée notamment à la grève de 1984 qui lui a coûté son emploi. Licenciée de la fonction publique pour fait de grève,  Bernadette KONFE a vu ainsi sa carrière prendre un coup ….

Mais 37 ans plus tard Dame Konfé est membre du Haut Conseil pour la Réconciliation et l’Unité Nationale (HCRUN), l’une des plus hautes institutions républicaines de son pays. Comment en est-elle arrivée là ? Elle nous en parle dans cet entretien. 

BK : Je me nomme madame Konfé née Ouédraogo Bernadette. Je suis Enseignante de profession et Conseillère pédagogique au niveau de l’enseignement de base.

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Au plan religieux, j’ai été d’abord Présidente du conseil national des femmes catholiques puis présidente du conseil national du laïcat.

La structure que j’ai donc dirigée de 2000 à 2006, c’est l’Organisation Nationale des Femmes Catholiques du Burkina Faso (ONFC/BF) qui a été créée en mai 2000 suite à une Assemblée Générale. Elle regroupe toutes les Associations des Femmes Catholiques (AFC) des 15 diocèses du pays et relève hiérarchiquement de la Conférence Episcopale Burkina-Niger, plus précisément est sous la tutelle du Conseil National du Laïcat au Burkina Faso.

L’ONFC a pour missions de :

  • créer la solidarité, la fraternité entre les femmes de façon générale et en particulier entre les femmes catholiques de l’Eglise Famille du Burkina Faso ;
  • leur donner un cadre d’expression et d’action en vue de leur permettre d’affirmer leur personnalité, de vivre leur idéal chrétien dans leur rôle de femmes, d’épouses et de mères, d’apporter une transformation qualitative dans leur milieu de vie.

Plus spécifiquement, il s’agit pour les membres de l’ONFC/BF de :

  • participer activement aux tâches apostoliques ;
  • contribuer effectivement à la libération et à la promotion réelle de la femme, de la jeune fille et de l’enfant ;
  • s’engager efficacement dans le combat pour le développement, la justice et la paix en leur proposant une formation adéquate tant humaine que religieuse.
Madame Bernadette KONFE : Membre du HCRUN

La deuxième structure dirigée au plan national de 2010 à 2016, c’est le Conseil National du Laïcat du Burkina Faso. Il a pour objectifs de :

  • Promouvoir la sanctification des fidèles laïcs, l’évangélisation, l’animation de l’ordre temporel et la manifestation de la charité du Christ au cœur du Burkina Faso et dans le monde ;
  • Œuvrer à l’édification de l’Eglise du Burkina comme Eglise Famille de Dieu ;
  • Assurer le développement, la défense et la promotion de la famille selon le dessein de Dieu ;
  • Promouvoir un laïcat plénier au Burkina Faso ;
  • Rendre l’Eglise visible à travers un laïcat formé, organisé et engagé dans l’Eglise et dans le monde ;
  • Travailler à renforcer la participation des fidèles laïcs à la vie de l’Eglise ;
  • Œuvrer au renforcement des capacités d’auto-prise en charge financière et matérielle de l’Eglise du Burkina.

Depuis 2015, je suis au Haut conseil pour la réconciliation et l’Unité nationale en tant que Rapporteur-adjoint.

B7 : Vous avez occupé des responsabilités au niveau du conseil national des laïcats, pouvez-vous nous en parler ?

BK : Alors, il faut dire qu’au niveau des femmes catholiques notamment, au niveau de la coordination des associations diocésaines des femmes, l’objectif, c’est d’éveiller les femmes, éveiller leurs consciences afin qu’elles puissent être de vraies chrétiennes pour qu’elles puissent jouer leur rôle dans l’église et dans la société. Au niveau du conseil national des laïcs où j’ai également présidé pendant six ans, de 2010 à 2016, l’objectif était d’organiser le laïcat au niveau national afin que les laïcs puissent avoir leurs places dans l’église et dans la société.

Nous avons pu faire ce que nous pouvions en termes d’activités pour que vraiment le laïcat soit plénier.  Et en termes de laïcat plénier, nous avons voulu que les laïcs du Burkina soient gens qui savent prendre leur place et leur rôle dans la société. C’est bien vrai que J’ai fini mon mandat et je suis toujours aux côtés du président pour lui prêter main forte dans l’exercice de son mandat.

B7 : Aujourd’hui vous êtes au HCRUN, alors dites-nous comment vous êtes arrivés dans cette institution et qu’est ce que vous faites exactement ?

BK : Comme je militais beaucoup au niveau de l’église, quand il s’est agi en 2015 de designer des personnes pour envoyer au HCRUN, la hiérarchie de l’église catholique m’a désignée. Donc, je suis dans cette institution à ce titre. Et quand je suis arrivée, j’ai occupé le poste de Rapporteur général adjoint. Être rapporteur du HCRUN, c’est être à son service, suivre toutes les activités et rendre compte à qui de droit parce que nous avons comme obligation de fournir tous les ans un rapport annuel et à la fin du mandat, fournir un rapport général.

B7 : Vous êtes enseignante de formation, alors l’actualité est dominée par un fait dans le secteur de l’éducation, des élèves qui manifestent leur hostilité quant aux reformes que veulent entreprendre les autorités.  Que pensez-vous de cette situation ?

BK : Je dirai que la situation est très préoccupante et vivre une telle situation vient réveiller en nous des sentiments d’amertume. Les manifestations des élèves contre l’autorité sont en train de devenir un fait récurrent et je pense que le problème serait imputable aussi bien aux enfants qu’aux parents. Les parents sont occupés par la recherche de la pitance quotidienne et l’éducation des enfants est laissée aux seuls enseignants. Or, à la base, il faut une éducation familiale très solide.

B7 : Au regard de tout cela, faut-il revenir au bâton ou faut-il laisser toute la liberté aux enfants  ?

BK : Recourir au bâton n’est pas la solution. La solution réside dans la capacité de les encadrer dès le bas âge. Si dès le bas âge on avait appris à l’enfant à respecter son prochain, à savoir que le bien public ne doit jamais être détruit, on n’allait pas voir ce qui se passe aujourd’hui. Ils disent qu’ils ne sont pas contents et sont allés saccager les documents, la salle informatique du lycée et même le véhicule du proviseur. Et ils n’ont pas compris qu’ils venaient de poser un acte qui se retourne contre eux-mêmes.

L’effort à faire dans une pareille circonstance est de revoir l’éducation à la base. Pour cela, nous interpellons les parents pour qu’ils prennent cette éducation au sérieux.

B7 :  Et quelles solutions voyez-vous  pour rétablir l’ordre dans ce secteur de l’éducation ?

BK : C’est la sensibilisation ! C’est le dialogue qui peut ramener les élèves à la raison et non la répression. Il faut leur donner des conseils pratiques et les amener à accepter le bien fondé des réformes en question. Si on veut reformer, c’est parce que ce qui existe ne permet plus d’atteindre les objectifs et en reformant, on recherche quelque chose de mieux. Donc, si on leur fait comprendre cela, je pense que les choses iront mieux.

B7 : On ne va pas finir cette interview sans revenir à l’histoire. Vous revenez de loin mais beaucoup de gens ne le savent pas. En 1984 sous la révolution, les enseignants ont connu une période difficile. Alors vous qui étiez enseignante à l’époque, comment avez-vous vécu cette situation de trêve due au licenciement ?

Madame Konfé née Ouédraogo Bernadette

BK : Effectivement en 1984 sous la révolution, suite à une grève, nous avons été licenciés. Un matin à la radio, on a appris que tous les enseignants grévistes sont licenciés. On ne s’en revenait pas ; parce qu’on n’en avait jamais entendu parler. On ne comprenait même pas ce que signifiait l’expression « être licencié ». Donc, on attendait toujours dans l’expectative, histoire de comprendre ce qui se passe. Nous sommes restés ainsi jusqu’au moment où on s’est rendu à l’école et on nous a dit qu’on ne peut plus y accéder parce que l’on ne faisait plus partie des effectifs de l’éducation nationale ; cela n’a pas été facile. Nous avons eu tellement des tractations que certains grévistes n’en pouvaient plus tenir la situation. C’était très grave, parce qu’l n’y avait plus de travail, donc pas de salaire. Certains sont repartis négocier pour enseigner. Mais moi particulièrement, je n’ai pas voulu faire cela. J’ai grevé, on nous a sanctionnés, j’ai accepté la sanction.

S’agissant maintenant de notre reprise dans la fonction publique, on nous a dit qu’il fallait s’amender en posant des actes révolutionnaires.  Parmi ces actes, il s’agissait pour nous enseignants d’aller enseigner bénévolement les camarades des Comités de Défense de la Révolution (CDR) qui étaient en majorité analphabètes. Nous l’avons fait !. On allait aussi à la bataille du rail pour soulever et poser les rails dans le cadre de la construction du chemin de fer Ouaga-Tambao.  Outre le champ de WAYIN qu’il fallait cultiver, nous participions aussi aux journées de salubrité. Nous avons fait beaucoup de choses pour être amendés et  se faire accepter publiquement. Et pour cela, nous devons monter sur la table de vérité. Les CDR sont là, la population est arrêtée et on appelle les grévistes un à un. A votre tour, vous montez sur la table de vérité et on demande maintenant à la population de décider de votre sort à travers des questions. Est-ce que la population vous connait ? Est-ce qu’il s’implique dans les activités des CDR… c’étaient autant de questions …. Si la population répond à l’affirmative à toutes ces questions, on peut vous proposer pour la reprise. Et c’est ainsi que la reprise a été effective de manière fractionnée. Quant à moi, je n’ai été repise qu’en 1987. Donc personnellement, j’ai fait trois ans sans salaire. Durant le temps de ce licenciement, il y a des gens qui ont perdu la vie, d’autres ne pouvaient plus payer la scolarité de leurs enfants, certains ont perdu leurs foyers et cela a été vraiment des moments très difficiles. Et lorsqu’ils nous ont repris, il y avait la question de la reconstitution de carrière et ils ont accepté reconstituer notre carrière en nous indemnisant petit à petit jusqu’à ce que le montant non perçu pendant les trois années soit atteint.

B7 : Il semble que cela a été pour certains une leçon. A votre niveau qu’en est-il ?

BK : Pendant la période de crise, c’était un temps noir que nous avons traversé. Mais c’est en ce moment aussi  que nous avons connu les vrais amis et la famille. Donc, il y a eu des ruptures dans les relations de certaines personnes. Il y a des femmes qui ont quitté leur mari licencié pour ne pas supporter solidairement la misère avec ce dernier. Mais quand il y a eu la reprise, certaines ont voulu revenir et il n’était plus question. Donc, en termes de leçons,  il y en a eu et nous en avons beaucoup appris.  

Personnellement, j’ai pris la résolution de ne plus jamais parler de syndicalisme. Depuis lors, je ne participe plus aux activités syndicales. Je ne sais pas si j’ai raison ou pas ; mais c’est un choix !

B7 : Avec tout ce long et riche parcours, est-ce que vous êtes satisfaite aujourd’hui de votre position et c’est cela qui va constituer notre mot de fin ?

BK : Je peux dire qu’il y a vraiment des motifs de satisfaction parce que tout ce que Dieu fait est bon. Et c’est de l’expérience que Dieu me donne pour le comprendre et pour l’aimer davantage et pour travailler pour lui. Donc, actuellement, j’ai cette conviction et c’est pourquoi au niveau de la religion, de ma foi, je ne m’amuse pas. Je n’ai plus de responsabilité à l’église mais à chaque fois qu’il y a une activité, je me donne à fond pour pouvoir faire le travail en reconnaissance de ce que Dieu a fait pour moi. Quand j’ai pris ma retraite en 2015, il se trouvait qu’il y avait déjà la commission de réconciliation nationale et des reformes et l’église m’a orientée là. Donc avec la crise de 2014 -2015, je suis rentrée dans le sillage de la réconciliation nationale et j’y suis toujours. Donc je lui suis très reconnaissante et je rends grâce à Dieu.  Merci.

Merci d’avoir répondu à nos questions Madame KONFE !

Propos recueillis par Jacob COMPAORE

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