Jour de retour pour Laurent Gbagbo

« Demain, c’est le retour du dernier prophète! ». Dans le quartier populaire de Yopougon à Abidjan, des habitants comptent les heures avant l’arrivée jeudi de l’ex-président Laurent Gbagbo, leur « champion », contraint de quitter la Côte d’Ivoire il y a 10 ans.

Des hommes discutent à l’ombre sur une place en terre battue: c’est leur « Parlement », leur espace de « libre-échange ». Mais mercredi, il n’y a qu’un sujet dans ce quartier majoritairement pro-Gbagbo: le retour du « président ». Celui qui a dirigé la Côte d’Ivoire pendant dix ans jusqu’en 2011 doit atterrir jeudi à 15H45 (heure locale et GMT), dans un vol commercial en provenance de Bruxelles.

Yopougon, le plus grand quartier d’Abidjan avec plus d’un million d’habitants, déjà connu en temps normal pour son ambiance festive, promet de se surpasser dans les jours qui viennent.

L’un des hommes commence à chanter: « On va installer Gbagbo! » et tous reprennent le refrain encore et encore. « Demain le woody de Mama (le village natal de Laurent Gbagbo, ndlr) sera là », se réjouissent-ils. Le « woody » signifie l’homme, le vrai, le courageux, dans la langue de l’ethnie bété de Laurent Gbagbo.

Omer Kao Sery, un comptable de 61 ans, circule avec une feuille pour inscrire tous ceux qui veulent se rendre à l’aéroport jeudi. Un départ en car est organisé. « Demain? Tous à l’aéroport, qu’il pleuve ou qu’il neige », lâche un homme qui a prévu de partir à l’aube.

Il porte une chemise à l’effigie de l’ancien président. « Cette chemise, des gens vont la mettre dans toute la Côte d’Ivoire demain », affirme-t-il. « Ce retour, c’est immense, c’est un grand espoir. Sans ce retour, pas de paix ».

– « Gbagbo arrive, on est guéri » –

Laurent Gbagbo revient moins de trois mois après son acquittement définitif par la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye.

Il avait été arrêté en avril 2011 à Abidjan après avoir contesté la victoire d’Alassane Ouattara à la présidentielle de 2010. Pour ses adversaires, son refus d’admettre sa défaite avait plongé son pays dans une crise post-électorale sanglante, pendant laquelle quelque 3.000 personnes avaient été tuées dans les deux camps.

Le président Ouattara a donné en avril son feu vert au retour de ce rival, au nom de la « réconciliation nationale ».

Une question est dans toutes les têtes dans le pays: que fera Laurent Gbagbo, 76 ans, une fois de retour? « La politique, c’est son travail, il est né dedans. Le temps n’est pas arrivé pour qu’il l’abandonne », clame haut et fort Omer Kao Sery, provoquant des applaudissements nourris au « Parlement ».

« Le champion », « le capitaine », « le dernier prophète »: les fidèles ne manquent pas d’inspiration pour parler de leur leader. « Laurent Gbagbo arrive, on est guéri »: scande aussi un groupe qui danse sur le bord de la route.

« Demain, il y aura plus que des chants, des louanges », affirme un orateur du « Parlement », Pacome Guehi, inspecteur de l’Education nationale de 47 ans, sur son 31 avec son costume sombre et cravate beige. « Notre mentor revient à la vie ».

Des fillettes de 10 ans rejoignent l’attroupement. Le retour de Laurent Gbagbo, « c’est la joie, la paix, c’est l’honneur ».

Sidonie Kouadia N’Dri, une femme de 57 ans qui porte sa petite-fille sur le dos, n’a aucun mal à se faire entendre au milieu des hommes: « Gbagbo, c’est notre père. Il sait consoler où il y a les pleurs. Lorsqu’ils l’ont amené à La Haye, on était tous dans le coma. Maintenant on peut lire l’espoir dans le ciel ». Des femmes l’applaudissent.

Rebecca Sonia Grapa fait le show elle aussi en vendant des tee-shirts à l’effigie de l’ex-président, à 1.500 francs CFA l’unité (environ 2,50 euros). « J’en ai vendu 600. Ca marche très bien ».

« Demain, c’est la réconciliation de la population ivoirienne », affirme-t-elle. Elle aussi ira à l’aéroport. Elle promet « un accueil triomphal », mais insiste: « On sera là-bas dans l’apaisement » pour que la Côte d’Ivoire soit « unifiée », « fraternelle ».

SOURCE AFRICANEWS

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *