Fespaco 2021 : Les 04 vérités de Rasmané OUEDRAOGO, Comédien

Il est un monument vivant de la comédie burkinabè. Rasmané OUEDRAOGO puisque c’est de lui qu’il s’agit, se reconnaît de jour comme de nuit par sa barbichette blanchie par le bas. Affectueusement appelé « RASO »,  Rasmané Ouaedraogo a été Président du Syndicat National des comédiens du Cinéma et Président du Conseil d’Administration du FESPACO. De par son capital d’expérience, Raso s’impose depuis des années comme une référence dans le métier de comédien.

Dans le cadre de la 27 ème édition du FESPACO, c’est un homme toujours pétillant de joie, excepté ce mal de genou qui l’oblige à marcher avec une canne. Au moment où nous réalisons cet entretien, « Le petit vieux » s’apprêtait à se rendre dans l’hexagone pour des soins intensifs. Nous lui souhaitons meilleure santé.

Mais avant son départ, il a nous donné ses appréciations sur les productions cinématographiques burkinabè, des appréciations que nous avons vite titrées « Les 04 vérités de Rasmané OUEDRAOGO ».

Rasmané OUEDRAOGO (RASO) : Nos films pèchent beaucoup par la faiblesse même des scénarios. Parlons même de la maitrise technique.  Il n’y a pas une grande maîtrise technique au niveau du cinéma burkinabé ; il faut se dire la vérité .

Aujourd’hui, tout le monde se lève et dit qu’il est cinéaste. Mais il y a une formation à faire. Je le répète, ce n’est pas parce qu’on sait mettre du mercurochrome sur une plaie qu’on est médecin. Il y a des textes qui décrivent qui est cinéaste, producteur, réalisateur ou techniciens de cinéma etc ..

Pensez-vous que le cinéma burkinabè souffre ?

Je vous le disais tantôt, on n’a pas de film parce qu’il n’y a pas de financement. Et cela peut être parce que nos structures de productions ne sont pas crédibles. Le cinéma Burkinabé marche à l’envers ! Il y a une logique à suivre et il n’y a pas de magie dedans. Pour vous en rendre compte, prenez tous les supposés films dont on parle au Burkina Faso. Franchissez la frontière et voyez qui parle de ces films. Quel est le film Burkinabè qu’on connaît à Abidjan, Bamako ou Dakar ?. Très peu ! Peut-être 3 ou 4 films ! Alors, peut-on parler dans ce cas d’industrie cinématographique si vous n’êtes même pas capable de franchir la frontière nationale ? Il n’y a que « Desrances » par exemple d’Apolline qui fait son chemin parce que c’est un film qui a eu de l’ambition.

Et que dites-vous du Milliard du Président qui n’a pas été reconduit à cette édition, un acte que certains acteurs regrettent ?

Ça me peine de savoir qu’il  y a des gens qui regrettent cela. Ou alors ils n’ont pas compris du tout le sens du milliard qui a été donné par le président du Faso. C’était conjoncturel, c’était ponctuel. Il était arrivé à un moment où il fallait finir des films qui étaient en souffrance pour permettre d’être présents au FESPACO  passé.  Mais l’aventure doit s’arrêter là et que les processus de productions normaux doivent reprendre cours. Du reste, il y a un fonds qui a été créé au niveau du ministère de la culture. Même si le fonds est petit, même si nous regrettons sa taille, ce n’est pas au Président du Faso d’intervenir directement dans nos productions. On a un ministère, une direction de cinéma, des maisons de production qui d’ailleurs ne doivent pas se contenter seulement de l’apport de l’Etat ni des subventions nationales. Une production s’adresse à des coproducteurs, à des investisseurs, à des banques, à d’autres productions.

Pensez-vous que les films burkinabè devraient être mis en avant pendant le FESPACO ?

Je crois que nous nageons en pleine incompréhension parce que le FESPACO n’a pas été créée pour les cinéastes Burkinabè. Le FESPACO n’a pas été créée que pour le cinéma Burkinabé. Le FESPACO est une manifestation panafricaine qui réunit toutes les productions de toute l’Afrique et de la Diaspora. Je pense plutôt que c’est au cinéma burkinabè d’être dynamique pendant le FESPACO par le nombre et la qualité de ses productions, par les audiences qu’elles créent. Que voulez vous qu’on fasse ? Qu’on étale des tapis rouges pour les cinéastes burkinabè ? Ce n’est pas ça qui va multiplier leurs productions par 10 ou par 100. Ce n’est pas non plus en les véhiculant durant tout le FESPACO ! Non ! ce n’est pas cet intérêt qui fait le cinéma. La noblesse du cinéma burkinabé viendra dans sa dynamique, dans sa capacité de produire, de distribuer, à remplir les salles et dans sa capacité à envahir les télévisions du monde. Attendre le FESPACO pour briller, je regrette !

Quelles sont vos attentes pour cette 27e édition du FESPACO ?

Sans beaucoup rêver, j’attends qu’elle réussisse parce que vous savez que nous sommes dans le cadre de la Covid-19.  J’attends beaucoup du FESPACO en espérant qu’il va nous donner l’occasion de trouver d’autres voies pour désormais organiser de manière efficiente nos prochaines éditions. Comme je dis, il y a un avant Covid et il y aura un après Covid. On ne peut plus réunir le monde tel que nous le rêvions (10 mille ou 20 mille personnes) parce que la maladie est là et nous interdit tout ça.   Je souhaite enfin malgré tout que nos films qui vont venir puissent créer de l’audience, donc créer de l’intérêt.

Propos recueillis par Farida et Prisca SAWADOGO

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