Verdict du Procès Thomas SANKARA : Deux de ses anciens compagnons apprécient …

Après 35 ans de moult tractations, l’affaire pendante en justice de l’Ancien président Thomas SANKARA a connu son épilogue. Ouvert en effet depuis  le 11 octobre 2021, le verdict a été rendu public ce 6 avril 2022. Si pour les uns, ce verdict tombe comme une décision humiliante, pour les amis et parents des défunts, c’est un grand soulagement. Jean Hubert BAZIE, ancien compagnon de Thomas SANKARA  et le Colonel à la retraite Lona Charles OUATTARA, ami du Défunt président apprécient la mesure du verdict.

Pour Jean Hubert BAZIE, Responsable à la communication du comité d’orientation du mémorial Thomas SANKARA,  » On ne peut pas se réjouir du fait qu’il soit dans la peine… »

 » Thomas SANKARA ayant été réhabilité, les autres membres du CNR encore en vie devraient également passer à la barre »

Lire aussi les appréciations du Col. Lona Charles OUATTARA.

Jean Hubert BAZIE : Par principe nous acceptons le verdict parce que c’est une décision de justice. Nous sommes satisfaits de cette décision et nous pensons que les magistrats ont bien travaillé.  Ils ont eu six (06) mois et plus pour décortiquer le dossier. Mais avant cela, il y a eu un ensemble de recherches, d’écoutes de témoins et de collaborations internationales pour essayer de cerner la vérité ; nous ne dirons pas la vérité absolue mais la vérité essentielle qui permettait de dire ce verdict, d’établir la culpabilité ou la non culpabilité de ceux qui étaient en cause.  Je dirai donc que nous sommes satisfaits surtout que les principaux accusés ont écopé d’une peine maximale. Je dis bien que nous sommes satisfaits mais nous ne nous en réjouissons pas. On ne peut pas se réjouir d’une peine infligée à quelqu’un. C’est humain et nous ressentons la douleur qui peut être la leur et celle de leur famille.  Mais nous sommes satisfaits parce que nous souhaitons que la peine  soit exemplaire. Elle va dissuader tous ceux qui pensent vouloir régler leurs différends par la mort en passant par les armes du peuple qui doit servir à défendre le territoire et à défendre la cause du Faso. Nous pensons que véritablement c’est une chance qu’on puisse  comprendre qu’autrui est respectable et que le véritable débat est le débat d’idées, le débat par la parole.

Que pensez- vous du verdict ? 

Ce n’est pas que nous pensons que c’est top ; mais c’est une décision de justice qui ne se discute pas. Et je vous ai donné mon sentiment en tant que individu, croyant, plus ou moins pratiquant. On ne peut pas se réjouir du fait que quelqu’un ait fait une chute morale encore moins, se réjouir du fait qu’il soit dans la peine. C’est un principe d’éthique et nous ne dirons pas que nous sommes joyeux et contents  de voir quelqu’un dans ce  mal.

Que dites-vous de cette condamnation si elle n’affecte pas le premier concerné le président Blaise COMPAORE en exil en CI?

Je ne suis pas sûr que cela ne l’affecte pas. Ce n’est pas parce qu’il n’est pas venu au procès qu’il n’est pas sensible au procès ni aux conclusions du procès. Je suis plutôt porté à croire qu’il est parmi les premiers à  avoir cherché à connaître les conclusions du procès.

Vous savez, la conscience est imparable. Si vous avez la paix de la conscience, vous êtes dans la paix de la vie dans le monde. Si vous avez la conscience trouble, vous vivez comme un « zombie », vous vivez comme disons un « mort », vous êtes un mort vivant parce que vous n’arriverez pas à vous exprimer pleinement, vous n’arriverez pas à jouir pleinement de ce cadeau inestimable et irremplaçable qu’est la vie et que nous a donnée le Créateur.  Et cette vie doit être préservée vu son caractère unique, irremplaçable et vu la nécessité pour chacun d’entre nous d’accepter l’autre. Nous ne sommes pas  des « sauvages » ; nous ne sommes pas des  « animaux » et mêmes les animaux ont le sens du respect de la vie d’autrui. Un lion ne s’attaque pas à un lion à priori en tout cas une panthère ne s’attaque pas à une panthère, et les buffles  vont ensembles et se défendent contre d’autres animaux qui les attaquent.

Est ce que vous croyez à un éventuel recours gracieux pour l’ex président?  

Cela me paraît difficile parce que cela enlèverait toute la portée morale de la condamnation. Cela me paraît difficile ! Vous savez, après le coup d’état militaire, il y en a qui spéculait en disant que « ça y est !  Il n y aura plus de condamnation, on va mettre le dossier sous le boisseau », cette tendance  à croire en la fin du procès  procède aussi du fait que la justice a été souvent instrumentalisée par l’exécutif. Les manipulations étaient évidentes et avec  la question politique que nous vivons au niveau du Burkina et avec l’ex président Blaise COMPAORE à l’extérieur, on se disait que le coup d’état a été exécuté à son profil et que la monnaie de la pièce allait lui être retournée immédiatement en faussant  le jugement.

En tout cas pour le moment, les gens ont été agréablement étonnés. Je me dis que si les magistrats sont respectés par l’exécutif, s’il y a une vraie séparation des pouvoirs ; ils sauront dire la justice telle qu’elle est, entièrement et de manière équilibrée.

C’est le lieu de féliciter les avocats, les magistrats, tous ceux qui ont concourus à cette prise de décision; tous ceux qui se sont battus individuellement, collectivement à travers des associations  autant sur le plan national qu’international pour qu’on aboutisse à ce résultat. Je crois que les victimes sont soulagées et l’étape qui suit maintenant, ce sont les funérailles. Il nous a été rapporté  que Thomas SANKARA et une bonne partie des victimes étant militaires, il revient à l’armée d’organiser ses funérailles. Après, avec la variété des coutumes on pourra intégrer la dimension familiale de ses funérailles pour permettre aux gens de faire leurs deuils.

Aviez-nous omis des éléments que vous souhaitez ajouter?

Je voudrais surtout inviter la jeunesse à la réflexion parce que 35 ans, si vous êtes nés en 1987 vous êtes plus que majeur ; vous êtes responsable de famille. Je voudrais inviter la jeunesse à s’engager dans la réflexion morale, à respecter les valeurs sociétales, faire de la vie, le pilier et l’élément central du respect de soi et des autres.

Dans les 10 commandements de Dieu,  il est dit « Tu ne tueras point » ; ce n’est pas un hasard si on appelle à ce respect de la vie d’autrui. Faire en sorte que notre vivre ensemble soit un combat quotidien de tout le monde. Faire en sorte que notre pays qui traverse des difficultés énormes tant sur le plan sécuritaire que sur le plan alimentaire, qui souffre des problèmes de cohésion sociale ; que notre pays soit une terre d’espoir comme Thomas SANKARA a voulu qu’elle soit.

Je mesure son sacrifice à la douleur de sa famille, de ses proches et de ses amis et à l’espoir qu’il a incarné.

Propos recueillis par Stéphanie Joseph OUATTARA

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